Qui sont les pionniers de la kinésiologie ?

1912 - Wilhelmine Wright et Robert W. Lovett : les premiers tests musculaires

Au début du XXᵉ siècle, l’épidémie de poliomyélite provoque chez de nombreux patients une perte de force musculaire. La physiothérapeute Wilhelmine Wright et le chirurgien orthopédiste Robert W. Lovett cherchent alors un moyen d’évaluer précisément les muscles touchés.

Ils développent une méthode dans laquelle le praticien place le corps dans une position déterminée et exerce une pression afin d’évaluer la capacité du muscle à résister. Ils participent donc au développement du test musculaire manuel afin d’évaluer la force des muscles atteints.


1949 — Henry et Florence Kendall : cartographier les muscles

Les physiothérapeutes Henry et Florence Kendall poursuivent et standardisent ce travail. Ils décrivent précisément comment positionner le patient et dans quelle direction exercer la pression pour tester individuellement différents muscles.

En 1949, ils publient Muscles: Testing and Function, qui devient un ouvrage de référence en physiothérapie. C’est principalement sur cette forme de test musculaire que Goodheart s’appuiera ensuite.


Avant 1930 — Frank Chapman et Terence Bennett : des techniques ensuite intégrées par Goodheart

  • L’ostéopathe Frank Chapman avait décrit, dans les années 1930, des zones corporelles sensibles qu’il associait à différents organes : les « réflexes neurolymphatiques de Chapman ».

    Il met notamment en évidence des zones spécifiques de la peau dont la pression exerce un effet réflexe sur les organes et les tissus via les systèmes nerveux et lymphatiques. Il a constaté que certaines maladies organiques s’accompagnaient d’induration douloureuses localisées dans les muscles et les fascias à des endroits bien précis. Ces nodules seraient sensibles à la palpation et disparaîtraient une fois la fonction organique rétablit. De ce fait, il met en évidence la relation entre les points neuro lymphatiques et les organes. Il considère que l’altération du drainage lymphatique d’un organe entraîne la stagnation de la lymphe puis de certaines pathologies. D’après lui, la stagnation de la lymphe pourrait être éliminer grâce à la stimulation des points neuro sympathique car ils sont une projection périphérique du foyer pathologique qui s’explique par l’existence de connexion somato-viscérales entre la peau, les muscles, les organes et les systèmes régulateurs généraux du corps.

  • Le chiropracteur Terence Bennett, lui, avait proposé des points principalement situés sur le crâne, qu’il associait à la circulation sanguine : les « réflexes neurovasculaires de Bennett ».

    Ces points neuro-vasculaires correspondent à des points situés sur le crâne qui permettent d’améliorer l’apport sanguin à des organes spécifiques lorsqu’ils sont stimulés par un contact très léger ( pour ne pas déclencher de réponse de défense tissulaire ). Il utilisait le fluoroscope pour observer en temps réel les modifications du flux sanguin organique lorsqu’il appliquait une pression légère sur différents points du crâne. Il a répertorié + de 70 points neuro-vasculaires. Le système nerveux autonome contrôle le calibre des vaisseaux sanguins et donc la perfusion tissulaire des organes. Chaque point situé sur le crane correspond à une zone cutanée qui entretient une connexion neurologique réflexe avec le système vasculaire via le système nerveux autonome sympathique et parasympathique. La stimulation de ces points modifie l’équilibre sympathique / para sympathique local provoquant une vasodilatation dans l’organe cible et augmentant ainsi son apport en sang oxygené, nutriments et cellules immunitaires.

Goodheart reprendra ultérieurement ces cartes et cherchera à les mettre en relation avec la réponse des muscles. En revanche, Chapman et Bennett n’utilisaient pas eux-mêmes le test musculaire comme Goodheart le fera.


1964 : Dr. Goodheart

Sa découverte essentielle repose sur l’observation de l’état de la colonne vertébrale. Ses réflexions l’amènent à penser qu’il est nécessaire d’agir sur les muscles afin qu’ils se relâchent, permettant ainsi aux vertèbres de retrouver naturellement leur position.

En 1964, il examine un patient souffrant depuis quinze ans d’une instabilité de l’épaule. Lors du test, le muscle dentelé antérieur ne résiste pas correctement à la pression. Goodheart repère alors des zones sensibles au niveau de l’insertion du muscle. Il y applique une forte pression manuelle et constate que le patient parvient de nouveau à effectuer le mouvement qui lui était auparavant impossible.

À la suite de cette observation, il s’intéresse aux techniques permettant de renforcer les muscles faibles. Il observe alors que certains états internes peuvent se refléter dans le fonctionnement musculaire et que le stress peut notamment entraîner des variations de la réponse musculaire.

C’est dans ce contexte qu’il développe progressivement le test musculaire, qu’il utilise comme un outil d’observation et d’évaluation de la réponse du corps face à différents stimuli.

Il est le premier chiropracteur a avoir travaillé pour le comité médical olympique en 1980.


1973 — John Thie : rendre la méthode accessible à tous

John Thie est lui aussi chiropracteur et travaille aux côtés de George Goodheart. Il reprend certains principes de la kinésiologie appliquée, jusque-là réservés aux professionnels de santé, et les simplifie afin qu’ils puissent être utilisés dans un cadre familial et éducatif.

Il associe notamment le test musculaire à des techniques issues de l’acupression et à la notion de méridiens de la médecine traditionnelle chinoise. En 1973, il rassemble cette méthode dans son livre Touch for Health.


Années 1980 — Paul et Gail Dennison : appliquer le mouvement à l’apprentissage

Paul Dennison travaille auprès d’enfants et d’adultes rencontrant des difficultés d’apprentissage. Avec Gail Dennison, il s’intéresse au lien entre le mouvement, la coordination corporelle et les capacités nécessaires pour lire, écrire ou se concentrer.

Ils reprennent certains éléments provenant notamment des travaux de Goodheart et de Thie, puis élaborent l’Educational Kinesiology, dont le programme le plus connu est le Brain Gym. Celui-ci réunit 26 mouvements et activités corporelles destinés à préparer le corps aux situations d’apprentissage.


1983 — Gordon Stokes : orienter le test musculaire vers le stress émotionnel

Gordon Stokes avait auparavant travaillé avec le Touch for Health. En 1983, avec Daniel Whiteside et Candace Callaway, il donne sa forme actuelle à la méthode Three In One Concepts, également appelée One Brain.

Cette approche utilise le test musculaire pour rechercher les stress émotionnels et les expériences passées qui peuvent encore influencer nos réactions, nos comportements ou nos blocages actuels. L’objectif est ensuite de diminuer la charge émotionnelle associée afin de retrouver davantage de choix face aux situations présentes.

Son nom signifie « trois en un », car la méthode envisage la personne dans son ensemble : le corps, le mental et les émotions.

L’objectif n’est plus seulement de constater un déséquilibre corporel, mais de rechercher le stress associé à une difficulté présente.


1983 — Candace Callaway : approfondir la dimension émotionnelle

Candace Callaway rejoint Gordon Stokes et Daniel Whiteside comme co-créatrice de Three In One Concepts. Elle travaille principalement auprès des clients et contribue à approfondir la dimension émotionnelle et la philosophie de la méthode One Brain.


Goodheart observe et structure le test musculaire → Thie le rend accessible → les Dennison l’orientent vers l’apprentissage et le mouvement → Stokes, Whiteside et Callaway l’intègrent à une approche centrée sur le stress émotionnel et les comportements.